Plaisir d’un jour 53

– Les parnassiens –

Je rends grâce parfois à internet, j’en conviens, car d’Abraham de Vermeil, je n’avais rien lu, sinon des légendes sur lui par ses amis, dont Nicolas Richelet, éditeur des parnassiens, nom générique donné à tous les poètes d’alors, qui le tenait en grande estime. On le prétendait ami d’Henri IV, en raison de ses ascendances.

Okuba

Voz yeux plus prompts qu’esclairs, plus subtils que la foudre

Voz yeux plus prompts qu’esclairs, plus subtils que la foudre,
Plus beaux que le Soleil, plus parfaits que les Cieux :
Plus forts que la nature, et plus grands que les Dieux,
Sont les buchers ardents qui me mettent en poudre :

Or pouldre de voz yeux vous me verrez dissouldre
En atomes biaisant par le vuide ocieux,
Puis assembler par sort un rond harmonieux,
Grand monde esclos d’un corps qu’on avoit veu resouldre :

Alors tout estonné d’un compagnon si beau,
Ouvrira de regret le Caos son tombeau,
Et s’ensevelissant perdra vostre memoire :

Belle, ne craignez point, si mon embrasement
Me peut rendre immortel, un seul embrassement
Vous peut rendre immortelle au monde de ma gloire.

Poeme Muzain

Tu es le rien, fortune : et si es toute chose,
Rien, parce que de rien toutes choses se font,
Tout, parce que dans toi les choses se défont ;
Bref, tu es tout et rien, et leur métamorphose :

Mais ce n’est pas par toi que j’aime ces beaux yeux,
Qui me vont tempêtant sur un ardent Neptune :
Si j’aimais par hasard, le sort audacieux
Éteindrait quelquefois mon feu pernicieux :
Puisqu’il est immortel, ce n’est pas par fortune.

Publié dans Rencontres sur la route | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Plaisir d’un jour 52

– Après –

Il y a des poètes de toute sorte, ceux qui s’émerveillent naturellement de tout, ceux qui se spécialisent dans un fantasme particulier, ou une forme littéraire. Siegfried Sassoon pour sa part est un poète de guerre, l’apocalypse des tranchées apporta à sa flamme créatrice une puissance nouvelle.
Dans ce monde déjanté, il puisa en lui les sources d’une énergie destructrice et quasi-suicidaire. Ses nombreux actes de bravoure lui valurent la Military cross et d’être surnommé Mad Jack par ses hommes. Je ne sais laquelle de ces distinctions lui convint le mieux. Toujours est-il qu’il jeta sa décoration dans la Mersey, la rivière des Beatles, en 1917.

As-tu déjà oublié ?…
Car les événements du monde se sont gâtés depuis ces jours bâillonnés,
Comme le trafic enregistré dans les rues à leur croisée :
Et le vide hanté de ton esprit s’est rempli de pensées qui réparent
Comme des nuages dans le paradis éclairé de la vie ; et tu es un homme en sursis de départ,
Avec de la joie à dépenser, prenant ta part paisible du Temps.
Mais le passé est toujours le même – et la guerre un jeu sanglant…

As-tu déjà oublié ?…
Baisse les yeux, et jure par le massacre de la Guerre que tu n’oublieras jamais.

Te rappelles-tu les mois sombres où tu tenais le secteur de Mamets –
Les nuits où tu surveillais et barbelais et creusais et empilais des sacs de sable sur les parapets ?
Te rappelles-tu les rats ; et la puanteur
Des cadavres pourrissants devant la première ligne en éclaireurs –
Et l’aube venant, sale et blanche, et le froid d’une pluie désespérée ?
T’es-tu jamais arrêté pour te demander, ‘Cela va-t-il durer à jamais ?’

Te rappelles-tu cette heure de vacarme avant l’attaque –
Et la colère, la compassion aveugle qui te saisissait et te secouait alors
Tandis que tu scrutais le visage de tes hommes, hagard et condamné à mort ?
Te rappelles-tu les civières revenant en flash-back
Avec les yeux mourants et les têtes dodelinantes – gris de cendre
Les masques de ces jeunes gens qui autrefois avaient été vifs et joyeux et tendres ?

As-tu déjà oublié ?…
Lève les yeux, et jure par le vert du printemps que tu n’oublieras jamais.

J’ai essayé dans cette traduction à ma façon de conserver la rime suivie, très simple, l’efficacité du poème tenant tout entier dans sa force émotionnelle. Cioran a écrit que ceux qui reviennent de l’enfer, ne peuvent pas parler. Et c’est souvent vrai. Et, puis il y a des hommes qui Sassoon, qui explosent.

Okuba

Publié dans Rencontres sur la route | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Printemps des Poètes Lycée Henri Matisse Podio / Art Sept-Atelier Cinéma – 2020

Pour faire perdurer la saison, perturbée par le Coronavirus, du Printemps des Poètes 2020, les élèves de 2°2 du Lycée Henri Matisse à Vence vous proposent, avec les associations Podio et Art Sept – Atelier Cinéma, la mise en voix de leurs productions poétiques.
Dans le cadre, notamment, d’un projet intercycles interdisciplinaires, ils ont en effet écrit, en ateliers animés par Émilie Benayoun et Ghislaine Zaneboni, leurs professeures de lettres, avec leurs camarades de 3°2 du collège de la Sine, des poèmes sur le thème du Courage.
C’est sur une idée de Sylvie Tafani, de l’association Podio avec la mise en œuvre artistique d’Art Sept – Atelier Cinéma, que Frédéric Lamasse, assisté par Karina Babi et Abibatou Niang, a filmé les lycéens volontaires de la classe de 2°2 pour théâtraliser les poèmes de leur cru ou ceux de leurs camarades. Les voici.

Avec l’autorisation de l’auteur, pour visualiser cette vidéo (en mode privé non partageable), veuillez cliquer sur ce lien: https://vimeo.com/422517739 et rentrez le mot de passe suivant (sans les guillemets): “Matisse”.

Le Marathon du Film l’a fait figurer en ligne et donnera lieu à une projection à la Chapelle des Pénitents blancs ou à la salle des Meules de Vence, avec les acteurs et leurs parents, le samedi 28 août.

Publié dans Hors les murs | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire