Plaisir d’un jour 89

– Détour par la Macédoine –

Il arrive si peu de joie quand on a beaucoup étudié. Le même se camoufle sous de multiples vêtements que l’on distingue de trop loin. Pourtant, j’ai été enthousiasmé par la traduction des poèmes de Katica Kulavkova. Je suis parti de textes publiés en anglais, que j’ai travaillés aussitôt dans un même mouvement d’adaptation, histoire de masquer mon amateurisme, car il est toujours difficile de rendre un rythme léger et profond simultanément.
Étrangement, Katica Kulavkova est professeure : c’est sans doute l’exception de la règle selon laquelle ceux qui ne savent pas faire enseignent. Macédonienne, intellectuelle reconnue, elle a étudié la philosophie, cela se sent, et s’est spécialisée en théorie de la littérature.

Beaucoup trop de liberté pour un sujet

Beaucoup trop de liberté pour un sujet
rhéteur et philosophe.

Pour celui qui a le droit d’être suspicieux
et égoïste
et pour agir en accord avec son propre accord.

Pour imaginer des complots.

Pour ne pas adorer Néron
Le monde repose sur le principe de la puissance.

Messaline fut légère quand elle bannit
Lucius Aeneus Sénèque en Corse…

La montagne tombe à pic dans la mer et en-dessous
le cercle Méditerranéen des abysses et des profondeurs azurs
ne rend pas plus fin l’esprit du mal et du crime
que celui de la loyauté

Il ne suffit pas d’être un exilé
et d’être “Bien loin !”
ce qui est une mesure qui équilibre
son propre équilibre de destinée.

Le calme avisé n’est pas le même
que l’humble sujétion.

Mais, je vais bien l’attraper, de toute façon.

Par son exemple
mon ancien professeur montrera
quel est le chemin le plus facile vers la “liberté”
ha, ha, ha !

Il m’a enseigné comment le punir :
Je le laisserai se suicider
selon des circonstances stoïques, maintenant !

Les terrains de pique-nique romains
sont faits pour le tailladage indifférent des veines
pour prendre des poisons, des bains chauds et faire des feux
pour une lente introduction à la poussière.

Et ne revenez pas, s’il vous plaît,
pour m’annoncer que tout s’est déroulé selon les plans.

Caesar n’y prend aucun intérêt.

Inquiétude métaphysique

Je suis submergé par votre ascèse,
vous ne prenez pas de pause,
vous vous dressez comme une tablette d’argile,
colorée et compacte,
recelant un dense intérieur,
rythme du mythe et de la lyre,
du corps et de la luxure.

Votre visage rayé par l’absence

comme la muraille de quelque ancien temple
par les entailles et les accidents
par les codes et les dates

comme un livre censuré et stigmatisé
que votre âme désirait ardemment
fondu à l’aquarelle
sans une seule répétition d’un caractère.
Rien.

Tout est parfait du début à la fin.
Et cette bruine, cette pensée insignifiante s’effacera.
Seule demeurera votre inquiétude métaphysique.

Les éraflures, la plume d’oie du temps
dans vos carnets et sur les fresques
ont prolongé l’écho
du mot, votre inquiétude,
à la fois quand vous peignez et quand vous arrêtez !

Juste un petit mot avant de rompre l’enchantement. Mesquine minutie des pointillistes. Sénèque a été banni par Messaline en Corse, et non pas en Sardaigne, Ajò, prufessuressa…

Okuba

Ce contenu a été publié dans Rencontres sur la route, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *