Plaisir d’un jour 82

– Regards d’Algérie –

Abderrahmane Djelfaoui a vécu plusieurs vies – cinéaste, documentariste, grand reporter – avant de parvenir à la poésie, au début des années 2000. En Bab El Oued où il trône en roi modeste, il raconte en des vers libres autant que sa pensée les aventures toujours renouvelées de l’Algérie contemporaine. Un homme de paix et de méditation.

Le sacre du jour

l’escadre des pics
sort peu à peu de la brume
et commence à dresser
ses vigies face à l’annonciation
d’une aube de vent neuve

un vol immobile de nuages
aspire la dernière ombre

la pierre polit par les nuits
se prête à la prime ablution

le pépiement de l’oiseau est son talisman
*
la magie du rai premier
est d’asseoir le vent et
permettre à l’oiseau
la becquée du chant

ce soir mon âme est sous mes pieds
battue dans mon ventre comme pâte
avant d’ouvrir la bouche la laisser
s’échapper vers les étoiles

pour toi Yemna aux monts
ce monde je le cueille
tendresse à notre étonnement

6 heures

est l’heure des pieds nus
dans le sable
aller entendre les premiers
oiseaux
doucement cachés aux yeux
encore
rumeur d’heure aux buissons
de soi
d’une fraîche pierre faite
larme
*
à la lumière du soleil
paupières étirent
évidence du monde

Il est important que d’autres regards occupent nos yeux si nous voulons éviter le dessèchement du cœur.

Okuba

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