Plaisir d’un jour 81

– Silences –

Plus technique, plus froid, plus austère, Carles Duarte y Monteserrat variationne ici sur les Ennéades de Plotin, texte complexe et abîmant. De la Catalogne, la chaleur dessicante transperce ces phrases pures et désincarnées. L’auteur, linguiste et spécialiste en langue administrative, prouve qu’il est une beauté pour les intellectuels.

Silence II

L’azur brûle.
La lumière palpite
comme un vent
au fond des regards.
Un froid muet
hante l’univers.
Le ciel s’ouvre au jour
et occulte
le vaste geste
de la nuit.
La vague s’affale
sur cette bande de pierre broyée,
chute du temps qui nous imprègne
comme la neige ou le soir.
D’ambre, ce couchant.
Le vif argent des ombres
parcourt chaque chambre.
Un seul souffle nous dessine
et nous blesse.
Un seul souffle arrête nos cœurs,
meut des astres lointains.

Silence VII

Les contraires se cherchent,
s’efforcent d’être
et de se fondre
en un même corps.
Les pas se perdent dans la terre,
jusque dans le feu dont brûlait la planète,
la mer originelle,
le temps qui, pour la première fois,
palpite dans les yeux,
au cœur du monde,
cet animal immense, sans destinée.
La terre est notre ancêtre.

Silence XIII

La nuit me rend le monde.
La lumière pure du ciel
ne me cache plus les astres
et ce tourment d’agir
qui me submerge
a cessé d’occulter
mon geste le plus naturel.
Je ferme les yeux,
je m’attarde au creux des mains,
sur les lèvres où je me pose :
ce plaisir ardemment désiré.
L’amour me dépouille,
m’offre la fragilité.
J’abandonne mon rêve.
Nu,
sans temps ni mots.
Le lendemain ne peut plus me harceler.
Dans la nuit, nous sommes de nouveau
parties d’un corps sans fin.

Curieusement, je pense ici à Rabelais, car la langue a ceci de véhiculant qu’elle nous transporte du coq à l’âne, en un éclair. Brillons, c’est bientôt Noël.

Okuba

Ce contenu a été publié dans Rencontres sur la route, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *