Plaisir d’un jour 79

– Un vent d’Égypte –

Shokry Girgis n’est pas Grec, comme son nom pourrait le laisser croire, mais Copte égyptien. Critique d’art à part entière pour la télévision du Caire, il aime particulièrement Magritte. Sans doute parce que l’absurdité du monde est devenue un art de vivre, dans un pays balayé par la terreur et les catastrophes.

L’hymne national

Nous sommes des couteaux,
nos lames crient,
et nos manches sont morts.
Nous savons que nous égorgeons et déchirons
et ne nous trompe pas l’amour du boucher.
Nous sourions à l’animal tandis qu’il souffre.
Ne nous haïssez pas.
Nous sommes des couteaux, nous ne croyons
à aucune affection.
Nous sommes nés ainsi, sans entrailles.

Ils ont placé nos sentiments sur une lame aiguisée.
Notre forgeron nous a créés
pour découper de plus belle
et pour ne pas succomber à la mort.

Ne nous haïssez pas quand nous vous sacrifions.
Nous ne connaissons pas la souffrance
et ne pleurons pas non plus.
Nous ne savons qu’égorger
et la lame aiguisée se répand partout,
sans peur.

Vie

Il ne savait pas lire;
l’ambiguïté des lettres punissait son âme.
Il n’habita jamais une maison.

Ses yeux se confondaient toujours avec les fenêtres.

Il n’aima jamais une femme,
ses sentiments étaient secrets
ils allaient et venaient dans le silence.

Il constata que les amis
les rues et les bars
changeaient inexorablement.

On dit qu’il mourut
lorsqu’il discerna en toute lucidité
la nuit du jour.

Comme ces extraits ne le montrent pas, Girgis est très attaché à l’Eglise, et à sa vision paisible du monde. D’où cette ironie douce qui traverse ses textes, au rythme indolent.

Okuba

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