Plaisir d’un jour 78

– Épigrammes –

J’ai pu trouver en italien quelques textes de Sinan Gudzevic, poète serbe et talentueux traducteur. Pour lui les langues sont sœurs et amies, que ce soit l’allemand, l’italien, le portugais (Pessoa bien sûr), le latin et le grec antiques. Voyageur impénitent et ubiquiste, on le retrouve au Brésil enseignant le russe. Il suffit donc d’écrire pour que la vie devienne roman, page ouverte sur le monde.

Horaire d’un voyage

Une petite demi-heure avant Pisino
La femme sur le siège d’ à côté me demande
Et vous continuez jusqu’où
Fiume
J’écris de l’index sur la vitre
Moi aussi jusqu’à Fiume dit-elle
Bien que je ne lui ai rien demandé

Le sang limpide

Ma sœur Sadika
a été kidnappée alors qu’elle était dans ses couches

Depuis,
la mère n’accouchait que d’enfants mâles

Nous, les quatre frères
nous nous réunissons pendant l’été et nous discutons
sur l’endroit où l’on pourrait retrouver notre sœur

Et il ne nous est rien donné d’apprendre

Les années passent
et le sang devient toujours plus de l’eau

22.VIII.1976

Nous suivons la partie retransmise

Borac-Partizan

Borac mène un à zéro
le Partizan est deux fois meilleur
et ne fait qu’attaquer

En ce jour de l’année soixante et onze
jouèrent à Belgrade

Partizan et Borac

Ce même soir
meurt du cancer mon beau-père

Iljaz Kalčinić

Son fils et moi
Nous passons la nuit en prison
En fêtant le Partizan
Victorieux par deux à un
Nous provoquons une rixe dans la rue

J’ai l’impression de lire des nouvelles d’un ami, et je pense revenir vers Sinan, ne serait-ce que pour rendre compte de ses épigrammes à la mode latine. Quand je serai plus courageux.

Okuba

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