Plaisir d’un jour 77

Les Allemands tiennent Henrik Ibsen pour un grand poète. Je ne l’ai découvert pour ma part que dans Mes universités de Gorki. Intrigué, je suis parti sur la toile magique rechercher des éléments de cette affirmation.

– Poésie allemande –

Château en Espagne

Il me semble que c’était hier,
Le soir où je vis ma première poésie
imprimée dans un journal ;
Longtemps je demeurais dans ma mansarde à fumer,
A rêver délicieusement, satisfait de moi-même.

Et je bâtis aussitôt un imaginaire château
dominant le Nord ;
Ce château avait deux tours, une grande et une petite ;
La grande était occupée par un immortel poète,
La seconde par une jolie fille.

Mon plan architectural me semblait
noble et harmonieux ;
Ah ! Oui ! depuis mesquin il m’apparut ;

C’est qu’au maître architecte devenu tout à fait raisonnable,
La grande tour semblait maintenant trop étroite

Et qu’il ne pouvait plus être question de la petite
.

La terreur de la lumière

Quand j’allais en classe, j’avais du courage jusqu’au moment
Où le soleil disparaissait derrière le faîte de la montagne.

Et la nuit venue avec ses nuages noirs par-delà les forêts
et les marais,
Je me sentais terrorisé par les plus fabuleux fantômes.

Et si je fermais les yeux, je faisais des songes effroyables.
Alors Dieu sait ce qu’était devenue mon énergie de la journée.

Maintenant, ce n’est plus cela, c’est à la lumière du jour,
Au matin même qu’il me faudrait avoir du courage.

Ce sont des fantômes qui en plein jour m’assiègent
Et la vie me cause un invincible effroi.

Mais le soir revenu, je puis me dérober à ma terreur
Et je me sens fier comme un aigle.

Je résisterais au feu et à l’eau, je fendrais l’air
Comme un faucon enfin, j’oublie la peur et ses affres,

Jusqu’au matin prochain !
Dès l’aube, hélas, je retrouve ma terreur et mon impuissance.

Si jamais je fais un œuvre grande,
C’est dans les ténèbres que je l’enfanterai.

L’albatros

L’albatros réside seulement aux confins de la terre,
Je le tiens d’un vieux marin.

Il baigne ses grandes ailes dans l’écume de la mer,
Et il glisse sur les vagues sans jamais y plonger.

Il descend et il monte avec la mer.
Par le beau temps, il est silencieux, mais il crie pendant la tempête.

Comme le rêve est suspendu entre le ciel et l’abîme
Ainsi cet oiseau ne vole ni ne nage.

Plus lourd que l’air et plus léger que l’onde,
Oiseau-poète, oiseau-poète, voici ton lot.

Et le pire est que, pour les savants,
Ce sont là mensonges de marins.

Il me paraît que la moisson a été bonne ? Pour le reste vous déciderez, Podiophiles, le tribunal de la poésie n’est pas mon ami.

Okuba

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