Plaisir d’un jour 76

– Aguilo, un poète entrepreneur –

Aguilo, Josep Lluis de son prénom, est né à Majorque, ce ne peut être un mauvais homme. Il cumule pourtant deux qualités apparemment inconciliables, celles de poète et d’entrepreneur. Seul Rimbaud, me semble-t-il, a-t-il pu suivre ces deux voies du matériel et de l’idéal, sans les mener de front pour autant. Vous jugerez donc de cet assemblage disparate, de cette faculté polysémique propre à la poïesis.

CHARON

Notre amour est un lac souterrain.

Des vers y naviguent dans de noires barques
avec des yeux dessinés à la proue
et une torche qui dévore les ombres.

À la poupe, le timonier, un autre vers,
sort de la besace et regarde, avare,
les monnaies que nous avions cachées,
pour le passage, sous nos langues

Résolument, une fois le voyage payé,
avec la rame il sépare le bateau noir
de la rive et navigue en s’éloignant
de la fin du poème; le cap sur l’Hadès.

Cheveux

Les cheveux, rebelles, s’ouvrirent
comme dans un rire.

Tu es une chevelure déployée
sur un fond de sable et d’algue.

Tu es toile, silhouette et paysage.

Ta robe apprit à simuler
un imprimé de sable et de taches d’eau.

En me regardant tu es une chevelure dépeignée qui parle:
« Tu as les cheveux pleins de sable » tu dis
et le baiser près du silicium et du sel amer.

Le rire naît, croît, se répand
dans le ventre de tes cheveux
maintenant, à tout jamais, encore une fois.

Si l’on considère la photo de l’auteur, le dernier poème est une preuve de grande imagination (je sais, c’est facile).

Okuba

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