Plaisir d’un jour 74

– Précocité –

Jusqu’à l’âge de quinze ans, Mishima, qui s’appelait encore Hiraoka Kimitake, s’est vu comme un poète. Ses camarades de l’école Gakushuin, prestigieuse institution réservée autrefois à l’usage exclusif des aristocrates, également, qui l’adulaient en tant qu’auteur et le martyrisaient en tant qu’enfant débile et pusillanime. Rançon de la gloire, on ne détruit jamais mieux que ceux que l’on révère.

Voici deux textes de 1937, Mishima avait douze ans.

L’Echo

On dit de cette caverne,
qu’elle mène à l’Enfer :
dans cette bouche du démon si finement taillée,
nul n’est entré.
Caverne qui protège une énigme, un mystère éternels.
Pourtant, debout devant la caverne vigilante
J’ai appelé avec des mots d’amour très doux.
Mais l’écho qui m’a répondu
N’avait pas ma voix d’aujourd’hui :
C’était l’innocente voix des années enfuies.

Fleurs de feu – réminiscences de ma jeunesse
(extrait)

Son visage apparut. L’homme sortit.
Son visage rayonnait, tout s’illuminait.
Et voilà que des enfants couraient au devant de lui.
Ils s’asseyaient sur le gazon.
Quelle splendeur !
Fleur de feu.
Ô fleur de feu !

Fleurs de feu alentour…
Les enfants regardèrent au bas de la colline.
Une petite tache noire s’approchait – des femmes -.
La mère d’Akihiko, celle de Toshiko, trois, quatre… Son glacé de leurs pas.
S’approchant, elles prirent les enfants par la main : « toucher un prisonnier, comme c’est sale ! ».
De leurs mouchoirs, elles ont essuyé les mains des enfants. Les mouchoirs s’agitent. Les yeux de l’homme regardaient. Les femmes ont poussé des cris hostiles envers l’homme. En silence, lui s’est baissé et a cueilli des fleurs de feu. Puis, en ayant donné une à chaque enfant, il s’est éloigné vite sans se retourner.
Chaque enfant tenait une fleur dans sa main droite.
« Veux-tu jeter ça ! »
Les mères glapissaient. Les fleurs de feu sont tombées sur le sol, s’embrasant au soleil couchant.

Ô fleurs de feu, brûlant de chaleur rouge.

Un dimanche terne avec une fleur de feu, que puis-je vous souhaiter de mieux, amis podiophiles.

Okuba

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