Plaisir d’un jour 70

– Paradisiaque –

Débarquée de nulle part, cette chanson a atteint ma conscience dans les années quatre-vingt-dix me semble-t-il. Vraiment ? M’en bati ! Apprenons à ne plus compter si nous croyons encore en la liberté. Le temps n’est plus à la précision, alors que les chiffres, menaçants et autoritaires, conduisent le transport des âmes et des consciences. Il y avait justement chez MC Solaar ce juste équilibre entre le désarroi devant les lourdeurs de la construction sociale et la petite lueur de fantaisie qui ouvre toujours les fenêtres. Ainsi, à la fin du grandiose Brazil de Terry Gillian, Sam Lowry, le petit bureaucrate torturé et supplicié, pouvait-il échapper à l’horreur de sa condition par la magie de la rêverie.

Viens dans les quartiers voir le paradis
Où les anges touchent le RMI
Ici le scooter est le véhicule
Et les beepers pullulent

C’est d’un pas léger qu’arrive l’huissier
Accompagné du serrurier
Les idoles des jeunes sont des porno-stars
Voire Pablo Escobar

Si les anges ont des ailes ici les gosses volent
Demande à Interpol
Ils ont des pogs et songent à leur jacouzzi
A chacun son paradis

Je suis au 7ème ciel
Ma tour est plus belle que celle de Babel
Je vais à l’école buissonnière. Je gère.
Et dans la ville j’erre

Ne me parle pas de travail à la chaîne
J’veux pas devenir comme Kurt Cobain.
Le maire deale douze idées dans le quartier
Et les parents s’en vont voter

Il a des récits propres
Offre le bonheur comme un clip de Réciprok
Il lève les bras se balance pour qu’on vote pour lui
A chacun son paradis

Quand tu joues aux billes, je joue au golf
Ballesteros c’est mon prof
Depuis mon Mont-Sinaï, je prêche
A des sumos qui rêvent, de sauts à la perche

Arrimé à la rime, je trime sans frime contre le crime
Un dream clean, poussé par la base B.I.E.M.
J’suis pas le boss des boss
Le paradis pour moi est de voir grandir des gosses

Les protégés de la pluie
Constate ceci. Claude MC bronze la nuit
Demande à Claudia. J’ai plein de tours de magie
Pour faire de l’enfer un paradis
A chacun son paradis

La ligne de basse, toujours omniprésente dans ce type de musique, sursaute ici de manière ironique. Ce n’est pas encore la violence qui l’impulse, mais le message est là. Apprenons à nous respecter, ou bien déchirons-nous. Les sociétés matérialistes se reconnaissent par la triste dualité de leurs choix.
Aux poètes d’inventer les tiers-exclus et la suppression des codes barres.

Okuba

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