Plaisir d’un jour 68

– La lampe obscure –

Que peut-on dire de Jean-Claude Renard qui fut un poète reconnu par ses pairs, autant que par les institutions ? Un Wikipédia éthique rendra compte des récompenses et des dates biologiques les plus essentielles, semble-t-il. Une vie se résume à peu de frais, aussi dispendieux qu’ait été le créateur des étincelles de son art. Consommation, consomption, la destinée est tellement identique que ne reste aucun plaisir, ou manie, de distinguer, de pinailler, de microscoper… ou bien en une tentative de voilement, poussé par cette sourde appréhension du devenir.

Restent les textes, qui renaissent à chaque lecteur.

Parmi cet empire de nuits
et d’arbres maudits qu’habite pire que le pire, il n’est pas d’issue au dédale où l’être erre et délire.

Les silex n’y donnent pas de feu.
Les cris n’y ont pas d’échos.
Tout y reste étranger

pareil à l’échec.

Quel commencement est coupable et quelle fin est pardonnée ?

Se multiplier autour de soi-même n’accomplit rien
sans la soif
de cette inépuisable eau pure
qui sourd du sacre.

Privée d’huile

la lampe du berger s’éteint après la veillée
et l’appel de l’ultime troupeau dans la neige.

Le lieu de la plus haute
Lumière est la
Ténèbre sainte

qui n’a pour preuve que la foudre.

Seules d’inconsolables larmes en ouvrent parfois le sens — l’offrande
à la ville inconnue dont nul n’approche la profondeur.

Apprendre à se nourrir des secrètes sèves de la vie est nécessaire

à toute métamorphose.
Elle mûrit l’amour
comme un sourire — comme une fête
sur chaque visage intérieur
ou la sérénité de la mer
autour des îles.

Fût-elle énigme

la félicité est patiente ainsi qu’une lionne à laquelle suffit la
Terre complice de ses chasses.

Ce qui l’annonce ne demande au sang
allouable à la bénédiction que de ne pas lui résister.

Les fenêtres où le front s’appuie se peupleront de désirs
que la mort, peut-être, épargnera — laissant indemnes les dieux blancs qui les animent.

Mais quand,
aussi forte que soit la parole
de paix et d’union,

elle demeure,

dans la terrible surdité du monde,
une voix vaine ou interdite,

comment opérer les noces
de l’or et du lait ?

La poésie est toujours un faire en train d’évoluer. Comme tout lecteur qui est le maître absolu du texte, j’ai redécoupé ici, à mon goût, les interlignes entre les vers. Chacun est libre de signifier ainsi ce qu’il retient de ce déchiffrage de l’énigmatique.
Prenez vos ciseaux.

Okuba

Ce contenu a été publié dans Rencontres sur la route, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *