Trouées de lumière

Trouées de lumière
Nicolas Dieterle
Éditions du Jas Sauvage.

Ces “trouées de lumière” s’inscrivent dans une relation parfois difficile au monde et ne s’établissent que par une pratique nouvelle de la langue.
Elles se situent dans un dialogue intense et inquiet avec la terre et ses éléments, et tentent de dissoudre une angoisse par un usage poétique de la langue.

Ce qui nous entoure relève d’un mystère de tout temps installé. Il nous faut y trouver des formes acceptables, des moments d’acquiescement.

La nature demeure un lieu d’accueil. Mais il nous revient de lui donner une forme, sans quoi elle demeure dans le domaine des esquisses abstraites et fuyantes, fluides et mouvantes.

Il est donc impossible pour qui veut vivre, vivre vraiment, vivre intensément de ne pas intervenir, de ne pas investir ce monde par une parole. En effet, nos rêves, les images qui se pressent dans nos têtes ont faim d’une réalisation.

Entre la pesanteur et la grâce il nous faut trouver un mode d’existence, donnant du poids au monde, du sens aux autres, justifiant leur présence : Que deviendraient ces choses et ces êtres inanimés -arbres, pierres, pousses d’herbe, cheminées scintillantes du soleil et qui “fument dans l’adoration” – si mon attention leur était ôtée ? Ils continueraient d’être là, mais privés de la fraternité de mon regard, isolés, suspects, soupçonneux aussi, comme étranglés. Tandis que mon regard les libère en les magnifiant.

Le regard dès lors se doit d’aller vers l’intérieur, la démarche est une descente en soi, car là est la clé, le rayonnement des portes ouvertes sur le soleil. En ces Trouées de lumière, la vie passe, par les fêlures, mais avec force et la certitude d’être : J’ai découvert , donc, que la pureté, celle après laquelle je cours depuis mes dix-huit ans et que j’ai cru trouver incarnée dans des êtres, des paysages, des musiques, était tout entière en moi, comme un trésor unique et palpitant. Je ne suis pas clos sur moi même, je ne suis pas solitaire, puisqu’elle est en moi, qui me prolonge à l’infini.

Tombent ainsi les frontières quand nous apprenons à ne plus vivre à la surface de nous-mêmes. Et le monde peut alors se concevoir dans la réversibilité. On peut aller de soi à la beauté du monde, sans barrières. On peut avancer vers les autres, comme vers des présences d’attente et d’accueil. Il est même possible de devenir alchimiste : Baudelaire affirmait “donnez-moi de la boue”, j’en ferai de l’or, avec ces “trouées de lumière” il est possible de concevoir un autre métamorphose : A partir de la souffrance, il faut créer…de la beauté. Le cri (de douleur) doit se transformer en chant (d’acquiescement) . C’est le but de tous les arts. Et c’est le devoir de l’homme.

Il est des trouées de lumière qui peuvent être aussi musicales, comme cette allusion à la trompette de Miles Davis qui vient éclairer l’une des plus belles pages. Elle nous invite à écouter autrement ce qui vibre, ce blues qui s’ouvre dans le monde, ce blues d’un monde qui s’ouvre.

Yves Ughes,
Vence, le 23 août 2020.

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