Plaisir d’un jour 63

– Elle –

Xavier Forneret, alias L’homme noir, blanc de visage fait partie de ces poètes méconnus que le surréalisme à réveillés de leur tombe, et a placés en nouveaux diamants de la culture. Breton se réjouissait de cette écriture caustique et de cet esprit vif, souvent pétillant, d’où le prix de l’humour noir éponyme qui fut créé en 1954.

Dans sa région natale de Beaune, il fit scandale pour avoir dilapidé en moins de trente ans une fortune considérable, qu’il tenait de ses parents commerçants. Il continua ainsi, enterrant parents et enfants naturels, dépensant pour une œuvre qui ne rencontrait aucun écho.

Vous ne savez son nom ? –
Celle pour qui je chante
A vie d’amour de feu, puis après est mourante :

C’est un arbre en verdeur, un soleil en éclats,
Puis une nuit de rose aux languissants ébats.
C’est un torrent jeté par un trou de nuage ;
C’est le roi des lions dégarni de sa cage :
C’est l’enfant qui se roule et qui est tout en pleurs.
C’est la misère en cris, – c’est la richesse en fleurs.

C’est la terre qui tremble et la foudre qui tonne,
Puis le calme du soir, au doux bruit qui résonne :
C’est un choc qui renverse en tuant de frayeur,
Puis un pauvre qui donne, – ou le soupir qui meurt.

C’est un maître qui gronde, – un amant qui caresse ;
C’est la mort, désespoir, deuil, bonheur, allégresse.
C’est la brebis qui bêle en léchant son agneau.
Puis la brise aux parfums, ou le vent dans l’ormeau. –
Bien sûr elle a deux cœurs : l’un qui vit et palpite ;
L’autre, frappé, battu, qui dans un coin habite.

On pense que son pied ne la soutiendra pas,
Tant il se perd au sol, ne marquant point de pas.
Ses cheveux sont si beaux qu’on désire se pendre
Avec eux, si épais qu’on ne peut pas les prendre.
Si petite est la place où l’entoure un corset
Qu’on ne sait vraiment pas comment elle le met.
Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle.
Des âmes en douceur s’épurent dans son souffle.
Et quand au fond du cœur elle s’en va cherchant,
Ses baisers sont des yeux, sa bouche est leur
Voyant.

Est-ce en pensant à son insuccès si régulier, et quasi-automatique, que Forneret entendit se nommer songe-vide, une profession naturelle, mais vouée à peu de productivité ?

Okuba

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1 réponse à Plaisir d’un jour 63

  1. Ughes dit :

    Merci pour cette belle résurrection. Xavier Forneret est un grand poète, totalement inattendu, délirant et mordant, morbide parfois. Ses publications sont rares, trop rares. Sa lecture est pourtant d’une grande nécessité.

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