Plaisir d’un jour 62

– A l’éclair violent de ta face divine –

Agrippa d’Aubigné, le nom sonne et les souvenirs résonnent, lointains, quelque classe de français mal digérée, les gros seins de la professeur, bref un instant de culture salace comme il en faut pour toute mémorisation un peu suivie.

Il a quelque chose d’Henri IV, le monsieur à la fraise, c’est qu’il fut l’un de ses compagnons d’arme avant que de se fâcher avec lui, Paris y entrait pour quelque messe un rien trop catholique.

Il écrivait pour lui, et ne fut reconnu que bien plus tard, par Hugo et Sainte-Beuve, alors amis comme cochons.

A l’éclair violent de ta face divine,
N’étant qu’homme mortel, ta céleste beauté
Me fit goûter la mort, la mort et la ruine
Pour de nouveau venir à l’immortalité.

Ton feu divin brûla mon essence mortelle,
Ton céleste m’éprit et me ravit aux Cieux,
Ton âme était divine et la mienne fut telle :
Déesse, tu me mis au rang des autres dieux.

Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie
Pour cueillir, sans la mort, l’immortelle beauté,
J’ai vécu de nectar, j’ai sucé l’ambroisie,
Savourant le plus doux de la divinité.

Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,
J’ai des autels fumants comme les autres dieux,
Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie
Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.

Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,
Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,
Tandis que j’ai cueilli le baiser et la couche
Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.

Ces humains aveuglés envieux me font guerre,
Dressant contre le ciel l’échelle, ils ont monté,
Mais de mon paradis je méprise leur terre
Et le ciel ne m’est rien au prix de ta beauté.

Il n’est donc jamais vraiment trop tard pour un poète, mais encore doit-il l’accepter, mieux, s’en faire un honneur ou une joie.

OKUBA

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