Plaisir d’un jour 56

– Un boxeur éveillé –

L’on revient à Artaud, car s’il est des stylistes aussi étourdissants que lui, rares sont les puncheurs aussi déterminés. Dans la bedaine du gros monde satisfait, Antonin cogne, le souffle long, rageur. Peu de concepts survivent à cette dégelée magnifique.

– Amour –

Et l’amour ? Il faut nous laver
De cette crasse héréditaire
Où notre vermine stellaire
Continue à se prélasser
L’orgue, l’orgue qui moud le vent
Le ressac de la mer furieuse
Sont comme la mélodie creuse
De ce rêve déconcertant
D’Elle, de nous, ou de cette âme
Que nous assîmes au banquet
Dites-nous quel est le trompé
O inspirateur des infâmes
Celle qui couche dans mon lit
Et partage l’air de ma chambre
Peut jouer aux dés sur la table
Le ciel même de mon esprit

– La rue –

La rue sexuelle s’anime
le long de faces mal venues,
les cafés pépiant de crimes
déracinent les avenues.

Des mains de sexe brûlent les poches
et les ventres bouent par-dessous;
toutes les pensées s’entrechoquent,
et les têtes moins que les trous.

Antonin Artaud, ou l’art de réveiller le quotidien de ses rêves de candeur.

Okuba

PS : je conserve la conjugaison du verbe bouillir au présent telle que la conçoit Artaud, elle ouvre sans doute plus de portes dans l’imaginaire du lecteur.

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