Plaisir d’un jour 48

– Un doigt dans l’œil –

Bien que née en 1928, Joyce Mansour a été considérée comme surréaliste puisque adoubée par le pape Breton lui-même, dans les années années cinquante, lorsque cette Anglaise de naissance, Égyptienne de culture et Française d’expression (ouf) l’ensorcela par son charme étrange. Elle fut sa compagne de route fidèle, ce qui a toujours été considéré comme un exploit chez les surréalistes, tant Breton avait la gâchette sensible.
Sans doute, ne le gênait-elle pas, puisqu’elle naviguait dans d’autres cieux et sous des pavillons bien différents.

– Chant arabe –

L’œil bascule dans la nuit au moment du trépas
Ô la blanche fulgurance folie des ailes qu’on ne connaît pas
Ouatées de silence elles frôlent le bras sur l’oreiller
Et ouvrent l’œil rond à la nuit de l’impalpable
Le froid tisseur de tubéreuse trépigne sur ma pupille
Je vois glisser la tenture mobile de l’horizon qui rutile
et qui s’agite

Telle une peau frémissante sur un corps qui se dérobe
La houle feutrée de mon abdomen se fige de peur démente
J’éternue mais je ne bouge pas
Et l’œil qui cloître mes rêves qui nage et qui clignote
L’œil envahit mes nuits
La nuit la nuit l’orage
L’œil éblouissant aux floraisons étranges
L’œil malade d’images.

– De l’âne à l’analyste et retour –

Il était une fois
Un roi nommé
Midas

Aux dix doigts coupables

Aux dix doigts capables

Et aurifères

Freud parlant du grand roi mythique dit

Tout ce que je touche devient

Immondices

Aux

Indes on dit que l’avarice

Niche dans l’anus

Or

Midas avait des oreilles d’âne

Ane anus anal

Dans

«Peau d’Ane » de

Perrault

Le héros anal

Le roi amoureux de sa fille

Le pénis fécal

Le sadique au sourire si doux

Possède l’âne qui vivant

Crache de l’or par l’anus

Et qui mort servira de bouclier contre

L’inceste

Jeux de miroirs

De verre et de vair

D’or et d’excréments

D’anneaux et d’anels

Anamorphoses

Dans le casino de l’inconscient

Le pénis paternel

Fait le guide

Voyez ô voyez

La peau de l’âne

La fortune du roi présente et future

Sur le dos de la princesse fait le mort

Ainsi l’or pur devient l’ordure

Tel le phallus scintillant enrobé de foutre gris

La princesse attend pour se dévêtir que le danger de

l’inceste

Passe

Bottom de
Shakespeare fut âne l’espace d’un songe
Ainsi va la nuit et ma petite chanson :
âne
anus
anal
analyse
analyste
analogue

Pour goûter pleinement ce second poème, il faut savoir que Joyce Mansour fumait le cigare à longueur de journée, son onzième doigt, disait-elle.

Okuba

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