Plaisir d’un jour 35

– L’émotion est mon feu –

Ne reculant devant aucun sacrifice, la Direction vous accorde aujourd’hui non pas un, ou deux, mais trois poèmes à la fois, en procession géométrique, qui s’avancent jusque dans votre pensée la plus terre à terre. Le monde est beau, si vous lui accordez ce prisme mental, et si vous en acceptez chaque contrariété, Pangloss ne nous contredirait point sur cette idée.
Amina Saïd est la plus connue des poétesses tunisiennes en France, où elle réside assez souvent, un pays dont elle est également citoyenne. Passeuse entre les deux rives, sa poésie transporte dans l’exil même qu’est toute existence un parfum de mysticisme, un message secret qui s’adresse à tous, et qu’il s’agira de décrypter. Ou non.
Ne pas savoir est toujours un choix.

Comme si le monde attendait

que la lumière advienne
elle n’aura pour visage qu’un masque de silence
nos ailes à peine affermies nous renaîtrons dans le soleil pour la mystérieuse traversée
pas même un éclat au dos du scarabée

Toujours entre deux départs

nous portons nos décombres précieux comme des enfants
dans le silence limpide quelque chose ou quelqu’un nous donne la réplique
un chant naît
au-delà des frontières humaines
le jour venu nous émergeons libres du poème des eaux
vers le corps retrouvé revient l’oiseau de l’âme
tel un soleil
se consume dans son bec
un lambeau de notre chair

Je n’ai pas d’image définitive

éclatante dit le poète pour présenter ma vérité
un rayon de lumière nouvelle un symbole une frêle syllabe tout entier me transportent
l’enfant en moi continue de me conduire
j’emprunte la voie oblique parie sur l’innocence
je cherche à exprimer l’invisible
dans la forme
les analogies cachées
la dualité de l’être


le double aspect de toute chose
j’ai pris pour demeure le sensible
l’émotion est mon feu

la flamme secrète qui m’anime
alliance entre deux lieux j’avance sur le fil de la vie

j’avance entre la terre et son abîme une paix d’oiseaux habite son vêtement d’eau et de vent
l’obscure mise au jour se fait par le langage
je construis de silences et de mots
une parole consciente
le rythme absout mon vertige
lorsque au terme du chemin se présentent trois voies j’hésite à emprunter celle des hommes
je reviens constamment sur mes pas toujours le soleil est plus loin que l’horizon
le monde derrière ses masques
se tord dans une douloureuse extase

L’émotion est mon feu, voilà une belle devise pour cette journée de mai. Brillons !

Okuba

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