Plaisir d’un jour 31

– Jour ordinaire –

Le temps passe si vite. Alain Bosquet fait maintenant partie des classiques. A son corps défendant, je n’en doute pas – bien qu’entre-temps il soit mort, ce que l’on pourra toujours lui opposer, si la logique vaut encore quelques sous ici-bas – , mais les poètes ont ceci de commun avec les générations spontanées, qu’ils vieillissent toujours plus vite qu’ils ne le croient. Donc ils le racontent. Et cela devient quelque chose de nouveau.
Et en phrases courtes s’il vous plaît.

« Je suis un monsieur grisonnant
qui, le matin, se débarrasse de ses rêves
où courent les reptiles
mangeurs de feu.
Il salue son épouse, l’air de dire :
«Je ne me souviens plus de nos caresses. »
Il se pèse, il se rase,
il se boxe les poches sous les yeux.
Il boit son thé très nu :
sa paresse a raison de son rire sceptique.
Il jette son courrier à la poubelle.
Il téléphone par hasard,
et ne sait pas à qui :

« Excusez-moi,
Madame :
j’apprends de bonne source
que vous mourrez demain. »

Il époussette un meuble.
Sans être vu, il crache
sur ses poèmes.
S’il possédait un canari,
il lui arracherait les plumes. »

Note du transmetteur :
Toute ressemblance avec une période contemporaine, ou l’un de vos voisins, ne saurait être que fortuite.

Note de Podio :
Merci de ne pas envoyer de lettres de délation à la rédaction, qui ne saurait résister à l’envie de les transmettre à qui de droit.

Gai, gai, réjouissons-nous !

Okuba

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