Plaisir d’un jour 29

– Sentiments et ressentiments des mots –

Aimé Césaire, on nous l’a présenté tant de fois, qu’il en paraissait avoir vécu plusieurs vies, et ce fut certainement le cas, tout comme nous ne pouvons être certains qu’il est mort pour de bon, c’est-à-dire qu’il ne peut plus rien ajouter aux jeux de son poème.
La poésie n’est pas obligatoirement dynamique, mais elle doit avoir du corps, et plus que cela du mouvement. Aimé Césaire danse pour lui, et ajoute malicieusement aux trémulations de l’univers un rythme inventif. Idéal pour un temps de pluie et de frimas.

« il y a les archanges du
Grand
Temps

qui sont les ambassadeurs essaimes de la
Turbulence

on les avait crus jusqu’à présent prisonniers

d’un protocole sidéral

les voici accueillis sur le seuil des cases

par de grandes attentes en armure verte

les mêmes qui les ont fascinés de très loin

de leurs calmes yeux insomniaques à peine

rougis du cheminement d’un lendemain naissant

il y a aussi les capteurs solaires du désir

de nuit je les braque : ce sont mots

que j’entasse dans mes réserves

et dont l’énergie est à dispenser

aux temps froids des peuples

(ni drèches ni bagasses

poussez les feux précieux

il serait immoral

que les dévoltages du
Temps

puissent résister aux survoltages du
Sang)

dévaler dur

contourner aux lieux choisis de la gravité historique

quelques abîmes

revenir dans cette mangrove buisson de lèvres

et de mancenilliers

encore toujours encore

c’est la rancœur des mots qui nous guide

leur odeur perfide

(bavure faite de l’intime amitié de nos blessures comme leur rage n’était que la recristallisation d’incendies de ghettos)

le mot oiseau-tonnerre

le mot dragon-du-lac

le mot strix

le mot lémure

le mot touaou

couresses que j’allaite

ils me reniflent et viennent à l’heure

au lieu

à moi pour être

s’y faisant un groin la griffe le bec l’abandon est plus loin au crépuscule sur le sable

mal sade et fade et l’atroce rancune de salive ravalée du ressac. »

Je vous laisse savourer ces sinuosités subtiles, ô chers podiophiles.

Okuba

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