Plaisir d’un jour 24

– Berceuse –

W.H. Auden (pour les petits curieux, les initiales signifient Wyslan Hugh), je me l’imagine, je ne sais pas vraiment pourquoi ,comme l’auteur préféré d’Isabel Dalhousie, le personnage clé des romans délicieux d’Alexander McCall-Smith, consacrés à sa chère Écosse, et à Edinbourg, la ville natale de ses ancêtres.
Auden est pourtant un auteur du Yorkshire, le nord profond de l’Angleterre, terre des mines et des paysans, dont il possède les traits rudes et le caractère obstiné. Sans doute, la chère Isabel le cite-t-elle, comme un must, tant Auden a rayonné sur les lettres anglaises, de manière incontestable. En France, on connaît de lui, sans le savoirvraiment, le fameux Funeral Blues, qui sert d’épitaphe grandiose à l’un des personnages de 4 mariages et 1 enterrement.
Je propose ici un poème moins connu, mais qui j’espère donnera envie d’étudier quelque peu ce géant ignoré. Pour ma part, toujours ma fâcheuse imagination, je reste persuadé que la vie tumultueuse d’Auden, honni autant qu’admiré, a fourni la matière du personnage central de Kenneth Toomey, dans les Puissances des Ténèbres d’Anthony Burgess.

« Ose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;

Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Éveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sécheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.
… »

Je n’irais pas toutefois jusqu’à conseiller parents et grands-parents de chanter cela le soir à leurs petits chéris. Les lullabies ne sont plus ce qu’elles étaient.

Okuba

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