Plaisir d’un jour 17

– Lâchez tout –

André Breton, plus que Foucault encore dans ses heures les plus noires, voulut obstinément régenter le monde intellectuel, quitte à le détruire d’abord. Homme inquiétant et dictatorial, sonde spatiale permanente branchée sur l’actualité des idées, psychanalyste de la première heure/erreur, il brûla ses vaisseaux apparents, se réservant toujours, tel le Fantomas qu’il idolâtrait, des issues de secours chez les snobs qu’il haïssait. Breton portait une cravate et des semelles de feu, le costume parfait du poète légendaire. Il en usa beaucoup.

D’où le côté répétitif de ses sorties et rentrées, qui défirent peu à peu chez ses adeptes les plus convaincus, le sens de l’attention. À trop fracasser, l’on n’épouvante plus. Il se voulait jeune révolutionnaire, et finira vieux marginal, gardien d’une bibliothèque, Erostrate d’une époque, bouche d’ombre engloutie dans le silence.

Paradoxalement, ce texte de 1922 aurait dû éveiller l’attention de son rédacteur, et lui faire prendre conscience de la vanité des escapades, alors que la dimension humaine se concentre dans une finitude toujours aussi restreinte. La pulsion poétique était la plus forte.

« Lâchez tout,
Lâchez Dada,
Lâchez votre femme, lâchez votre maîtresse,
Lâchez vos espérances et vos craintes,
Lâchez la proie pour l’ombre,
Lâchez au besoin une vie aisée,
Ce qu’on vous donne pour une situation d’avenir,
Partez sur les routes. 
»

Comparativement, à partir d’un même projet poético-politique, Guy Debord protégea mieux sa pensée de toute incohérence pratique. Les leçons de Breton ?

Okuba

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