Plaisir d’un jour 16

– Tu n’en reviendras pas –

Dans un aphorisme plus inquiétant que la normale, Nietzsche imagine qu’un soir un démon vient frapper à la fenêtre et propose le marché suivant. Il s’agit de revivre éternellement, et à compter de ce jour toutes les minutes de la vie jusqu’à la dernière, et de recommencer, recommencer, recom…
Sachant que le seul choix laissé au libre-arbitre est de décider de la tonalité de la minute, Nietzsche se demande s’il est plus facile de revivre à l’infini des moments de douleur ou des moments de plaisir.
Et il opte pour la douleur, car elle est éternellement nouvelle et toute-puissante.

Il faut donc concevoir le plaisir du jour, comme un plaisir nietzschéen.



« Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secouent
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac l’haleine la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri »

Aragon a vécu la grande guerre comme une épreuve étourdissante et pleine de passions exaltées. Une véritable foire de l’existence dont il est sorti psychologiquement transformé. Ayant été enseveli vivant 3 fois de suite le 6 août 1918, le poète se persuada de la réversibilité symbolique du monde, se voyant comme mort et rêvant sa propre vie.

Cette pensée le hanta tout au cours de son existence. Le prix à payer pour la conscience esthétique ?

Okuba

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