Plaisir d’un jour 15

Les Puissances des Ténèbres

Anthony Burgess, dont on connaît surtout en France le sulfureux Orange mécanique, écrivit plus de trente romans. Parmi ceux-ci, les Puissances des Ténèbres est unanimement considéré comme le plus achevé. A juste titre, me semble-t-il.

Burgess y a inventé la biographie d’un grand écrivain britannique, Kenneth M. Toomey (l’angliciste entendra dans ce nom de famille Too me, trop moi), prétexte à l’élaboration d’un pastiche littéraire de quelques mille pages, dans lesquelles il crée à loisir personnages et œuvres et citations.

Entre les chansons, slogans, articles divers qui parsèment les pages, je ne peux résister à l’envie de vous présenter un des poèmes, censé avoir été rédigé par e. e. cummings. Burgess le décrit comme une élégie. Je garde la forme, toujours très importante pour cummings.

  poupées de
boston ; trouvées
avec
trous dans 1
mutuel dos à dos et
autre dodo l’enfaçon InViolée
DODOlalaDIO
  la Elle-en-lui avec
le Lui-en-elle (&
tous deux dopés à
  bloc) joliment
alors qui ont vrai
ment
alité, franchement qui
maintenant y va (BANG (BANG

Comme cette œuvre gigantesque est ouverte à toutes les interprétations, j’y vois pour ma part une tentative, réussie, de reprendre le premier des grands romans d’idées que fut Contrepoint d’Aldous Huxley. L’objet du livre de Burgess étant moins de rendre l’atmosphère intellectuelle des années 30 que de disserter finement sur les aléas de la carrière littéraire en Grande Bretagne et aux États-Unis. Bien des auteurs et des institutions ont dû se sentir visés.

Et c’est peut-être pour cela que le roman n’obtint pas le Booker prize, au grand dam de Burgess.

Mais que voulez-vous, on ne peut pas être génial et récompensé. Oui ?

Okuba

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