Plaisir d’un jour 10

– Poésies lyonnaises –

De Maurice Scève, qui fut contemporain de Rabelais, on connaît la réputation étrange d’hermétique. Il emprunta à Marot son aîné, et à Pétrarque son poète idéal, le sens de l’étude et l’humanisme le plus érudit. Sans grandes émotions manifestées, les poésies du Lyonnais sont tranquilles et puissantes, chargées d’idées comme ces fameux fleuves impassibles.

Ainsi de cet amour ferme qui conjugue foi et feu pour mieux résister.

« Plutôt seront Rhône et Saône disjoints,
Que d’avec toi mon cœur se désassemble :
Plutôt seront l’un et l’autre mont joints,
Qu’avecques nous aucun discord s’assemble :
Plutôt verrons et toi et moi ensemble
Le Rhône aller contremont lentement,
Saône monter très violentement,
Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,
Ni que ma foi décroisse aucunement.
Car ferme amour sans eux est plus que nue. »

Cette apparente immobilité des passions camoufle une étude rigoureuse des antiques et des textes, un travail de fourmi, lent et constant, qui ne recherche aucune reconnaissance ou gloire quelconque. Scève publia en effet l’essentiel de ses recueils de manière anonyme.

« Tout le repos, ô nuit, que tu me dois,
Avec le temps mon penser le dévore :
Et l’horloge est compter sur mes doigts
Depuis le soir jusqu’à la blanche Aurore.
Et sans du jour m’apercevoir encore,
Je me perds tout en si douce pensée,
Que du veiller l’âme non offensée
Ne souffre au corps sentir cette douleur
De vain espoir toujours récompensée
Tant que ce monde aura forme et couleur. »

Dans le calme de la nuit, il avançait, éclairant notre route à venir.

Okuba

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