Par les temps qui courent…. Le torchecul de Gargantua.

“Un poème par jour, affirmait Jean-Pierre Siméon, et vous y irez moins chez le médecin.” En ces temps de confinement, nous nous proposons d’appliquer à la lettre cette recommandation.
Pour commencer notre série, voici un texte “fondateur” de notre littérature.

Comment GRANDGOUSIER reconnut la merveilleuse intelligence de GARGANTUA à l’invention d’un torchecul.
François RABELAIS – GARGANTUA – Chapitre 12
Editions POCKET – Classiques.

– Revenons, dit Grandgousier, à notre propos.
– Quoi donc ? Dit Gargantua. Chier ?
– Non, dit Grandgousier, mais torcher le cul. – Ah, dit Gargantua, me paierez-vous une barrique de vin de Bretagne si je vous colle à ce sujet ?
– Bien sûr dit Grandgousier. – Il n’y a pas moyen de se torcher le cul s’il n’y a point d’ordure. Il ne peut y avoir d’ordure si on n’a pas chié. Il faut donc chier avant de se torcher le cul.
– Ô, dit Grandgousier, que tu as de bon sens, mon petit garçon ! D’ici peu, je te ferai passer docteur en Sorbonne, par Dieu ! Car tu as plus de raison que d’ans. Mais poursuis ces propos torcheculatifs, je t’en prie. Et par ma barbe ! Au lieu d’une barrique, tu auras soixante pipes de ce bon vin de Bretagne, qui ne vient d’ailleurs pas de Bretagne mais du bon pays de Verron.
– Après, je me torchai, dit Gargantua, d’un bonnet de nuit, d’un oreiller, d’une pantoufle, d’une gibecière, d’un panier -ô le déplaisant torchecul!- puis d’un chapeau. Notez au passage que parmi les chapeaux, les uns sont de feutre, d’autres de fourrure, d’autres de velours, d’autres de taffetas, d’autre de satin. Le meilleur de tous est celui de fourrure, car il enlève très bien la matière fécale.
“Puis, je me torchai avec une poule, un coq, un poulet, avec la peau d’un veau, un lièvre, un pigeon, un cormoran, un sac d’avocat, un capuchon, une coiffe, un leurre.
“Mais, pour conclure, j’affirme et je soutiens qu’il n’existe pas de meilleur torchecul qu’un oison bien duveteux, pourvu qu’on lui tienne la tête entre les jambes. Croyez-m’en sur mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une merveilleuse volupté, aussi bien par la douce chaleur de l’oison, qui se communique facilement au boyau culier et aux intestins et de là remonte vers le coeur et le cerveau. Et n’imaginez pas que la béatitude des héros et demi-dieux qui vivent aux Champs Élysées, leur vienne de l’asphodèle, de l’ambroisie ou du nectar, comme disent les vieilles par ici. Elle vient, à mon avis, de ce qu’ils se torchent le cul d’un oison.”

(Traduction en Français moderne de Marie-Madeleine Fragonard)

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