Plaisir du jour 3

Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Évite les arrières-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends
soin de l’espace et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Échoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congés.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne
des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a
personne, fous toi du drame du destin , dédaigne le malheur, apaise le
conflit de ton rire . Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et
que le bruit des feuilles devienne doux.
Passe par les villages, je te suis .


(Peter Handke)

De Peter Handke, je ne sais rien, une pièce de théâtre que j’ai massacrée dans une revue éphémère, et ce génie du titre. L’angoisse du gardien de but au moment du penalty. En allemand, cela devient tout bonnement cataclysmique. Die Angst des Tormanns beim Elfmeter. On entend voler les Teufels au-dessus de nos têtes sifflantes. Et puis, un soir, un ami a lu à haute voix ce passage, et ce fut tout simplement lumineux.

Okuba

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