Plaisir du jour 2

Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui


A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir


(Antoine Pol)

Si les femmes n’existaient pas, elles ne nous auraient pas inventé, certes, mais elles manqueraient par trop cruellement de regards attentifs. Elles sont peut-être ces si beaux nuages filant dans le ciel baudelairien, ou bien encore ces jambes de statue que l’on contemple, crispé comme un extravagant. Elles donnent en tout cas sa grande noblesse au monde, et les poilus de la grande guerre, l’époque même de ce poème, ne manquaient pas de le rappeler, eux qui partaient au front en chantant Adieu la vie, adieu l’amour, adieu les femmes… La mélancolie de Pol vibre ici dans une métrique certainement trop sage et appliquée, mais qui déploie profondément en chacun des lecteurs ses nervures hypersensibles.

Ce poème est surtout l’occasion de la plus belle rencontre qui soit, tant la musique de Brassens, si simple d’apparence, et ineffablement douce, lui donne désormais une rythmique singulière.

Okuba

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1 réponse à Plaisir du jour 2

  1. admin_Podio dit :

    Georges Brassens dans ses œuvres:

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