Contribution à L’AG du 10 janvier 2020

Ce rapport moral fait le bilan d’une année qui a été marquée par un maillage de Podio avec nombre de partenaires. Je veux donc le placer sous l’arc directeur suivant : poésie et territoire.
Je veux aller droit au but : la poésie a besoin d’un territoire, d’un ancrage. C’est pour moi, en tant que Président de Podio, une condition sine qua non pour ne pas tomber dans le piège de l’entre-soi culturel et pour éviter les cercles restreints dans lesquels on cultive des émois faits pour les élites.

Une pratique qui vient de loin

Dès sa naissance Podio a été une instance de formation à la poésie, ouverte au plus grand nombre. Les conférences données à la médiathèque de Grasse ont été à cet égard fondatrices d’une approche spécifique de la poésie : des poètes évoquant les poètes qu’ils affectionnent, qui les ont formés. Le propos étant exprimé dans une langue ouverte, accessible, généreuse et passionnée.

A Grasse nous avons de même tenté de développer cette base en oeuvrant pour “La Poésie a un visage” qui, douze ans durant, a fait pénétrer la poésie dans le coeur battant de la ville, dans les écoles et les instances culturelles.

Plus tard encore, nous avons agi pour être au plus près du terrain, notamment avec l’action “la poésie en ses quartiers”.

Avec l’installation de Podio dans la ville de Vence, cette dimension est allé en se ramifiant.

Podio a commencé de travailler avec la médiathèque, puis avec le lycée Matisse, la Régie Culturelle, d’autres associations cultivant la danse ou la musique, les commerçants et les actions humanitaires, la place publique.

Ma proposition d’inscrire l’action poétique ne vient donc pas d’une approche théorique ou idéologique, elle se dégage de notre pratique, passée et récente.

Que nous a appris cette pratique ? Trois enseignements majeurs.

1) Découvrir.

A se frotter aux autres, on apprend toujours. Montaigne le disait déjà : Il faut voyager et frotter sa cervelle contre la cervelle d’autrui. Là, nous voyageons sur le Territoire Vençois, et nous apprenons. Nous découvrons que de nombreuses autres associations oeuvrent avec force, conviction et dans la gratuité, pour transmettre du bonheur, celui de la danse et de la musique notamment. Et ces associations travaillent comme nous, dans une grande exigence mais avec le désir d’apporter du bonheur et de l’émotion au plus grand nombre. En travaillant en maillage avec elles nous apprenons beaucoup sur nous mêmes.

2) Consolider et approfondir notre travail.

Pour illustrer cette réalité, je présenterais volontiers les actions suivantes :

a) Les actions associées à la vie de la Cité : Halloween

En échangeant avec la responsable de l’Office du Tourisme, nous avons saisi la dimension culturelle d’Halloween, qui peut échapper aux impératifs commerciaux pour atteindre les mythes fondateurs de notre civilisation et les lieux marquants de notre ville. Le sacrifice, la punition, le cimetière et le mythe des morts vivants, le château et ses fantômes : autant de thèmes nés en Europe, qui ont transité en Amérique, pour revenir chez nous avec plus de force. En déambulant dans la ville lors de cette soirée, nous avons mis des mots et des émotions sur les lieux. La poésie a connu une véritable force concrète.

b) De même lors de la soirée Téléthon.

Nous avons travaillé avec le groupe Show Indra. Il assurait la partie chorégraphie et Podio a lu une dizaine de textes entre les tableaux centrés sur Paris.
Nous avons pu échanger avec le professionnalisme de cette académie et nous avons beaucoup appris lors de cette soirée de transmission. Certes, lire devant 120 personnes, lors d’un repas ponctué par la danse n’est pas chose facile. Mais nous avons tenu, obtenu le silence et nous avons proposé des textes poétiques en un lieu qui ne s’y offrait pas obligatoirement.
Cela demande de nouvelles voies à explorer, notamment par la jonction qui peut se faire entre la chanson de qualité et la poésie.

c) Les randonnées poétiques.

Elles ne sont pas des instants d’illustration, mais de communion. Nous ne disons pas des textes pour illustrer d’une façon factice tel ou tel thème dans un cadre établi. Il s’agit de tout à fait autre chose : les mots ne sont pas posés sur le paysage, mais ils entrent en résonance avec le lieu, ils en extraient l’essence et nous mettent en relation directe avec la terre et ses essences. Comment mieux illustrer cette osmose entre poésie et territoire, que lors de ces entrées dans le domaine de la nature ?
La poésie ainsi conçue nous place donc au coeur de la Cité et au coeur des lieux, elle nous ouvre donc :

3) De nouvelles perspectives.

En inscrivant la poésie dans un tel cadre, nous avons la possibilité de lui offrir de nouveaux avenirs. En témoignent la particulière réussite de notre Babel Heureuse 2019. Préparée en amont par les ateliers d’écriture du Lycée, puis mis en “situation” par le travail des Arts Plastiques, nous avons déambulé dans les rues de Vence avec une quinzaine de lycéen.ne.s, étonnant avec ravissement les passants, charmant les commerçants. Le tout débouchant sur la place Godeau, pour une Babel associant plus de 25 récitants, devant 80 personnes.
A ce niveau, la rencontre se fait et se multiplie : entre les partenaires du Printemps des Poètes, entre les générations, par-delà les différences sociales.

Conclusion et ouverture du débat.

Notre démarche concernant La Poésie et le Territoire, couvre ainsi trois dimensions de l’action:

– Une insertion dans la vie de la Cité : ainsi prend corps et chair la poésie dans l’architecture sociale.

– Une transformation du paysage en lieu, par l’action des mots : “ce rapport dynamique au lieu signifie que les paysages cessent d’être si éloignés(…) Il y a de nombreux exemples de lieux transformés par des artistes – découvrant la région par un regard neuf, ils voient puis créent quelque chose qui n’existait pas auparavant. (article : on voit un paysage, on vit dans un lieu, de Fiona Stafford. In Papiers, la revue de France Culture. N° 25).

– Une pratique revivifié de la mémoire et de la poésie : La Poésie est mémoire, mémoire de l’intensité perdue.(…) La poésie est mémoire parce que son regard reprend contact avec la réalité immédiate que le savoir conceptuel a voilée par des restructurations, des formulations”. Yves Bonnefoy, entretien Le Monde de l’Education, septembre 1999).
Nous tenons donc une piste sérieuse avec cette problématique “Poésie et Territoire”, nous ne l’épuiserons pas ce soir, c’est une direction proposée.
Et je la propose avec confiance, parce que nous sommes dans une dynamique de ville qui ne peut que nous porter. D’autant plus que cette pratique, qui sera l’objet de notre échange, ne supprimera pas toutes les actions de fond, plus théoriques et d’approfondissement, mais viendront se greffer sur elles.

Elle ne sera pas un substitut, mais un enrichissement.

A l’œuvre donc, pour retrouver cette intensité qui doit présider à notre action.


Rapport Moral d’Yves Ughes, en tant que Président de Podio,
pour l’AG du 10 janvier 2020.


 

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1 réponse à Contribution à L’AG du 10 janvier 2020

  1. Yves-Bonnet Michel dit :

    La poésie au cœur du territoire;
    Le territoire berceau de la poésie;
    Tels sont les mantras de PODIO.

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