Aujourd’hui est habitable

« Carpe diem », écrivait le vieil Horace. Cueille le jour, l’instant présent. Ne pense pas à demain ou à ce qui se passe un peu plus loin, ces draps de limaille croix de silice, dont parle Cathy Garcia Canalès.

Qui le peut, qui oserait détourner le regard quand la loi des saisons est gravée / sur le dos d’une femme accroupie / son ventre en charpie / membranes au vent / […] ?

Et pourtant, nous dit l’autrice viens, aujourd’hui est habitable ! Qu’importe si Les fugitifs peuvent échapper aux bouches des gorgones, aux nageoires et aux vidanges mais pas à la douleur jaune du sniper dans le fracas des ruines puisque nous / in extremis / serons évaporés. Oui, malgré tout, nous coucherons à même / les flancs rudes des animaux / l’aube ne sera plus / ce frottis de l’ombre / cette blessure ravivée / à la table des poumons / mais lettres heureuses / sur la piste amoureuse

Alternant poèmes en prose et vers libres, Cathy Garcia Canalès, dans une langue passionnée qui arpente les hauts et les bas de notre humaine condition, se collette avec ces deux pôles de la poésie contemporaine : dire la violence et la misère du monde ou bien fixer les yeux sur une nature à la beauté consolatrice – au risque d’une obsession lénifiante pour les fleurs et les petits oiseaux. Elle résout le dilemme par la description d’une nature aux nerveuses nervures de pluie, plus accordée aux paradoxes de l’humain qui, tout destructeur qu’il puisse se montrer, en fait partie : la vipère du bonheur / a mordu si vivement.

Reste une question : si aujourd’hui est habitable, que faisons-nous pour que demain le soit aussi ?

Cathy Garcia Canalès, Aujourd’hui est habitable, Cardère éditeur

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