Shima 12



L’amour

C’est celui qui ne dit pas qui l’est ? Dévoile-t-il seulement son visage ? Quel est donc ce jeu qui se joue à un, et qui se perd à plusieurs ?
Telles sont les réflexions qui apparaissent à la fin de l’éternité, c’est-à-dire le dimanche soir exactement, lorsque le soleil descend et emporte avec lui toute possibilité de joie.

Les animaux domestiques eux-mêmes,
les chiens plus que les chats peut-être,
ressentent ce moment, cette heure blues,
pour se rapprocher de vous,
car eux qui n’ont pas de bras, savent que le contact du corps d’un autre suffit à tout apaiser.

L’amour est certainement de toutes les pulsions humaines la plus animale, et donc la plus élevée. Elle frôle l’infini, du moins dans ses espérances totales, ses désillusions déchirantes. On lui permet beaucoup de choses, en Corse, dont l’ambiguïté, l’ambivalence aussi, et la lucidité qui tranche dans le vif des rêveries positives :

« Il n’y a rien de plus beau qu’un amour qui meurt, avant même d’être née.
Délice de souffrance, dans tes bras, je danse.
La mort sur les talons défoule mes passions,
Ange et même démon tremble dans un frisson,
Et déjà tu t’éloignes avant que je te gagne.
Ô belle amour mort véritable trésor,
Dans ma vie tu passes à nouveau tu trépasses. »
(Antre d’Orphée)

Ainsi donc le réconfort des corps n’est rien s’il n’y a la beauté, et donc la tragédie classique des destinées finies. Tant que l’on reste dans le désir, l’on plonge dans la souffrance, pensent les bouddhistes, et sur le puits immémorial d’un temple de Kyoto, la très vieille capitale, un couvercle de fonte noire a été posé, ne laissant accès à l’eau que par quelque découpe carrée, l’équivalent métallique de la bouche d’ombre hugolienne.

Sur cette fonte millénaire, quatre caractères sont inscrits, un par direction, vieux caractères que plus aucun contemporain ne sait lire, et qui énoncent pour les analphabètes que nous sommes la grande leçon de l’univers.

Les caractères s’organisent autour du carré central, qui n’est pas du tout ornemental, parce que ce serait gâcher le message que de l’embellir d’une quelconque façon. Ce carré central, s’il était solitaire, signifierait la bouche (kuchi), et donc ce qui énonce : il est là pour indiquer qu’un message important est délivré, et dissimulé à la fois.

Puisque sans ce carré, qui est commun à tous les autres caractères, on ne comprend rien à ce qui est pourtant visible et solidement martelé.

Apprends à te contenter.

Vieille leçon en vérité, qui est sûrement celle de l’amour, même si les Occidentaux se récrient d’effroi (attitude révélatrice) devant cette perspective. La vie ne serait-elle pas moins énigmatique ?

Que ne voulez-vous pas voir, cher lecteur ?

Écrivez-moi.

OKUBA

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