Shima 6



un petit cadeau (il en faut de temps en temps)

“Madame,
Monsieur,
Nous espérons que tout va bien pour vous en ce moment. En ce qui concerne votre demande que nous avons examinée avec beaucoup d’attention, nous avons décidé de vous accepter au sein de notre association. Recevez toutes nos félicitations. Nous sommes très heureux de vous compter parmi les nôtres. Comme vous avez pu le constater d’après tout le temps qui a été nécessaire à l’examen, notre association n’est pas vraiment disposée à augmenter le nombre de ses membres. Par ailleurs, nous ne nous basons pas uniquement sur le critère de simplicité. Si c’était le cas nous nous contenterions de consulter le livret d’épargne. Mais ce que nous cherchons à atteindre, pour citer quelques exemples, c’est la légèreté du cadavre d’un ascète mort d’inanition. La résolution du vieil arbre qui s’écroule seul, à l’insu de tous par une nuit sans vent. Une mort telle qu’à l’instant du dernier soupir la matière organique se décompose et que seule l’âme soit recueillie en creux. Nous espérons de tout cœur que vous pourrez nous accompagner dans cette voie. Enfin, nous vous souhaitons le meilleur pour vos activités et votre santé. Ces quelques lignes ci-dessus ont été rédigées à la hâte pour pour vous informer au plus vite.
Cordialement
Secrétariat de l’Association des cœurs simples”

Je ne résiste pas au plaisir de citer, longuement, Yoko Ogawa dont le Manuscrit zéro pénètre la conscience par sa flamboyance discrète, au sfumato sépia et absurdement comique. Sur les chemins de la dramaturgie minimaliste, dans sa critique au second degré d’une société technique déshumanisante, Ogawa navigue avec une aisance naturelle entre la couleur mélancolique que les Japonais nomment shibui et le surréalisme bruyant d’un Magritte en verve. Un texte rare qui exalte la tâche créatrice du lecteur, autant qu’il le récompense par ses trouvailles subtiles et drolatiques.

Je laisse savourer les happy fews.

Écrivez-moi.

OKUBA

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