Un col, celui de Vence, en forme de Babel (Heureuse).

Il est des auteurs qui ont besoin de grand air. Leur verbe appelle l’espace.
Gombrowicz est de ceux-là. Nous l’avons récemment rencontré au Col de Vence, à 963 mètres d’altitude, au-dessus de la mer mais avec une vue plongeante, placée entre la chaîne du Mercantour et la Méditerranée.

La ville de Vence -on connaît son attachement pour cet auteur Polonais- s’est retrouvée récemment au cœur d’une exceptionnelle rencontre :
A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Gombrowicz (1904-1969), le 1er Congrès des traducteurs s’est tenu à Vence du 15 au 17 octobre 2019, reliant ainsi l’Espace Muséal Witold Gombrowicz de Vence au Musée Witold Gombrowicz de Wsola en Pologne et à l’événement Congreso Gombrowicz- Buenos Aires (Argentine).
La France & la Pologne, Vence & Varsovie ont présenté ensemble ce premier événement dédié aux traducteurs de l’immense œuvre de l’écrivain Polono-Vençois Gombrowicz organisé par le Musée Witold Gombrowicz de Wsola en coopération avec l’Institut Adam Mickiewicz. (Source : Espace Muséal Gombrowicz).

Et cette heureuse rencontre s’est accordée un moment d’ascension : tous les traducteurs/trices se sont ainsi réuni.e.s le mercredi 16 octobre autour d’un pique-nique du meilleur goût, pour un hommage verbal donné sur les pas de Gombrowicz, qui aimait arpenter ce plateau dominant la ville ; sans doute y respirait-il bien !

Après un pan-bagnat généreux et savoureux, les traducteurs ont pu se lancer dans le ‘happening” prévu la veille, et annulé pour cause d’intempérie. Sous le soleil revenu, chacun.e. a lu un extrait de l’œuvre en sa langue. Babel heureuse. Sans traduction, uniquement fondée sur la musicalité des mots. Telle tonalité laissant percer la dérision, telle autre l’inquiétude, telle autre encore le mystère.
Le tout placé sous l’orchestration savante de Madame Evelyne Temam, adjointe au rayonnement culturel et aux relations internationales, représentant la Mairie de Vence. Et avec la mise en œuvre de la Régie Culturelle, dont on sait le sens des rencontres.

L’association Podio était invitée : on sait ses membres amateurs de pans-bagnats et aussi -tout de même- de l’œuvre de Witold Gombrowicz avec ses ruptures poétiques. Yves Ughes, son président, et Sylvie Tafani, sa présidente adjointe, ont donc contribué à la lecture, avec un texte tiré du Mariage :

Vains sont vos livres, systèmes,
et articles, discours, philosophies,
et raisons, définitions, observations,
Inspirations, transports,révélations.
Devant cette masse de deux milliards d’hommes
Qui grouillent dans un rut éternel, obscur
Sauvage et toujours informe
En vain votre mouche bourdonne autour du nez
(…) Je ne crois à aucune abstraction ni doctrine,
Je ne crois pas à la Raison ! En Dieu non plus !
Plus de Dieux, assez ! Donnez-moi l’Homme
Qu’il soit, comme moi, obscur et embrouillé, inachevé,
Informulé, obscur et embrouillé
Pour que je danse avec lui ! Que je m’amuse.

Et tout fut ainsi dit. En attendant une prochaine rencontre avec Witold.

Yves Ughes

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