Shima 1 , Okuba Kentaro






parce qu’elles sont circonscrites, tracées à
la craie ou burinées par le roc, les îles se rêvent uniques.

Mais en fait, elles ne sont que vivantes, et donc isolées. Et donc multiples jusqu’à en perdre la conscience du mot multiple lui-même. Ce qui est certainement la clé de leur sentiment d’unicité.

Les îles évoluent dans leur rêve, comme nous.

« Les humains sont des îles de bois, de chair et de mémoire, qui
dérivent sans fin et qui parfois le soir se croisent, se heurtent et
repartent, sur une mer bien noire, acide, corrosive.

Ils attendent alors, égrenant leurs prières, leurs doutes, leurs
fragilités, de grandes aubes d’huile, dorées, pleines de poissons
volants étincelants éphémères, comme des mains tendues. »

(Alain Cadéo, des mots de contrebande… )

Les îles seraient donc ces navires qui se croisent dans la nuit… cornes de brume, sourdes et puissantes à la fois… le bruit d’une lame de fond enserre le paysage et le clôture.

Toutes les îles n’imaginent pas la clôture de la même manière. Ce qui est angoisse et terreur pour Marie Susini, souffrance d’un enfermement imposé, est vécu comme un pèlerinage par Bashô.  On ne peut comprendre ce ressenti que si l’on accepte l’idée que l’exil peut prendre au moins deux directions. Soit la rupture, soit la nostalgie.

La poésie qui en naîtra sera différemment modelée du fait de la direction prise. L’amour de la terre insulaire sera chanté avec espoir ou tristesse, selon les inclinations de la société. Car bien entendu, une poésie ne vaut que lorsqu’elle renvoie, fait écho, déplace, anime la société dans laquelle elle naît. Comme le dit si bien Erri de Luca, j’écris à partir de la matière dont j’ai été créé. Ce qui vaut pour l’écrivain vaut pour le lecteur, et la poésie permet ce raccourci entre producteur et consommateur, jusqu’à transformer ce duo en une fusion indescriptible. Entre les deux, le rapport n’est plus d’autorité mais d’affinité. Par le mot, les sensibilités s’approchent, se confondent ou s’approprient. En ce sens, la poésie est la première chose commune de l’humain, son véritable patrimoine, car elle n’est pas une simple langue, mais l’expression d’un lien social et affectif.

Appeler la poésie chose commune c’est lui reconnaître d’une part sa haute liberté, qui lui permet d’échapper toujours à l’enclos des classifications, et d’autre part, son indescriptibilité profonde qui nous touche tant. La paradoxe de la poésie est qu’elle ne signifie rien de manière absolue et totalisante. Elle entrouvre le réel et permet à celui qui le désire de s’y glisser l’espace d’une strophe, d’échapper ainsi au diktat grandissant de la raison qui voudrait tout expliquer et contrôler.

La poésie n’est pas la parole, puisque la parole est fasciste, comme le percevait si bien Roland Barthes, en ce qu’elle nous oblige à énoncer.

La poésie est la parole, puisqu’elle est chant et résonnance, puisqu’elle vibre dans nos cœurs.

La poésie n’est pas…………HE, BASTA !

Ryokan,
je traduis vite fait,
et j’invente un peu aussi. Cela fait partie du jeu.

     « Vous ne comprenez pas ma poésie ?
    Ma poésie n’est pas de la poésie
    Si vous comprenez cela ;
   alors vous comprenez ma poésie »

Tout est dit. Pour aujourd’hui.

Ecrivez-moi.

                                                                           OKUBA

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