Avec la poésie comme viatique

Nous sommes, bien entendu, des animaux.
Mais des animaux pensant.
Des animaux parlant.
Ce qui change pas mal de choses dans notre condition.

Car il nous faut savoir ce que parler veut dire.

La parole a le pouvoir de nommer, donc de mettre de l’ordre dans le monde. La tentation est grande de mettre le monde en équation par les mots et les phrases.
Avec un vertige de pouvoir. Le vertige du pouvoir.
Trop souvent nous parlons et écrivons pour nous imposer, pour poser en conquérants nos concepts, et ces idées que nous croyons établies.
Le discours “informatif” fonctionne ainsi, bardé de certitudes, le discours économique ne pèche pas par un excès de modestie. (Seul le regretté Bernard Maris a pu dire “un économiste est celui qui peut dire le lendemain pourquoi il s’est trompé la veille”. Il est tombé sous les balles des intégristes).
Plus généralement se répand l’usage mondain de la langue. Les “bons mots” fusent, l’ironie facile détruit, et que l’on est ravi de se regarder dans le miroir en train de faire une saillie.
S’organise même des cénacles où la parole mondaine joue au ping-pong. “O, mon cher, appréciez mon trait d’esprit, et je dirais en retour que votre texte relève d’un esprit sans égal”.
Face à ces usages factices de la langue, la poésie œuvre pour une démarche d’authenticité. Elle se donne la tâche difficile de dire l’indicible, ce qui nous fonde, hors de tout pouvoir : l’émotion. Son travail est de trouver le style pour dire ces profondeurs qui nous animent et nous constituent. Et l’on ne peut tricher quand on est pris dans une telle démarche, il faut que les mots, les rythmes et les images tentent de dire “ce qui remue”, ce qui nous meut, ce qui nous met en marche et nous fait vivre. Il n’est plus alors question de briller, de posséder un quelconque pouvoir.

Le poète de la beat Generation, Allen Ginsberg, le disait fort bien en son temps : “j’écris des poèmes parce que le mot anglais inspiration vient du latin “Spiritus”, souffle, je veux respirer librement”.

 
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