“Le courage des violettes”

Le samedi 29 février à 18 heures
Salle du Conseil Municipal
Mairie de Tourrettes sur Loup
“Le courage des Violettes”
(Lecture autour du thème du Printemps des Poètes)

Les fleurs sont durée, constance et patience. Pour qu’elles s’épanouissent en pétales, il en faut de la témérité et du travail. La poésie peut dire cette force, comme elle peut exprimer l’ardeur de ceux qui ont choisi de travailler cette richesse fragile que la nature nous donne. En écho à l’exposition présentée à l’Hôtel de Ville, les lecteurs/trices de Podio prêteront leur voix “au courage des violettes”.

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Plaisir du jour 4

Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

« Quiconque aura premier la main embesognée
A te couper, forêt, d’une dure cognée,
Qu’il puisse s’enferrer de son propre bâton,
Et sente en l’estomac la faim d’Erisichton,
Qui coupa de Cérès le Chêne vénérable
Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
Les bœufs et les moutons de sa mère égorgea,
Puis, pressé de la faim, soi-même se mangea :
Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,
Et se dévore après par les dents de la guerre.

Qu’il puisse pour venger le sang de nos forêts,
Toujours nouveaux emprunts sur nouveaux intérêts
Devoir à l’usurier, et qu’en fin il consomme
Tout son bien à payer la principale somme !

Que toujours sans repos ne face en son cerveau
Que tramer pour néant quelque dessein nouveau,
Porté d’impatience et de fureur diverse,
Et de mauvais conseil qui les hommes renverse !

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras,
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses ?

Forêts, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le Cerf solitaire et les Chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du Soleil d’Eté ne rompra la lumière.

Plus l’amoureux Pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette :
Tout deviendra muet : Echo sera sans voix ;
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l’ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :
Tu perdras le silence, et Satyres et Pans
Et plus le cerf chez toi ne cachera tes faons.

Adieu vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j’accordai les langues de ma lyre,
Où premier j’entendis les flèches résonner
D’Apollon, qui me vint tout le cœur étonner :
Où premier, admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m’allaita.

Adieu vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui,  brulés en Eté des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers, et leur disent injures.

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître,
Peuples vraiment ingrats, qui n’ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers,
De massacrer ainsi nos pères nourriciers !

Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !
Ô Dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu’en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cyme d’Athos une large campagne,
Neptune quelque fois de blé sera couvert.
La matière demeure, et la forme se perd.
 »

(Ronsard)

Bien moins connu que le galant Mignonne, aux visées somme toute prédatrices, Ronsard révèle ici la sensibilité au monde, dans la version la plus contemporaine qui soit. Alors que partout aujourd’hui les tronçonneuses hurlent, hystérisées par les dictateurs américains de tout acabit, ce texte puissant oppose une orientation morale. C’est toute la question de la primitivité de la forêt, de son statut immémorial, qui précède les villes et les champs, de sa légende propre, de son monde clos et immense, c’est toute la question du sacré de la forêt qui hante déjà le poète, et retentit à notre époque. Entendons-le !

Okuba

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Poésie des Villes et Poésie des Champs.

La nature n’a pas toujours été un cadre de beauté consolatrice, et la modernité a dû s’imposer pour dégager la beauté des villes.


Vendredi 14 février
17 heures
BMVR Louis Nucéra de Nice

Les lecteurs/trices de Podio proposent une rencontre-lecture autour du thème : Poésie des champs et Poésie des villes.
Eneko Saint-André, Sylvie Tafani et Yves Ughes liront des textes allant de Jean-Jacques Rousseau à Louis Aragon, en passant par Lamartine et Baudelaire, traçant ainsi une route qui part des lacs et des vallons pour arriver sur nos grands boulevards.
Chemin faisant nous irons ainsi du lyrisme suscité par la nature au fracas des pages conçues en cœur de ville.

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Plaisir du jour 3

Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Évite les arrières-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends
soin de l’espace et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Échoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congés.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne
des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a
personne, fous toi du drame du destin , dédaigne le malheur, apaise le
conflit de ton rire . Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et
que le bruit des feuilles devienne doux.
Passe par les villages, je te suis .


(Peter Handke)

De Peter Handke, je ne sais rien, une pièce de théâtre que j’ai massacrée dans une revue éphémère, et ce génie du titre. L’angoisse du gardien de but au moment du penalty. En allemand, cela devient tout bonnement cataclysmique. Die Angst des Tormanns beim Elfmeter. On entend voler les Teufels au-dessus de nos têtes sifflantes. Et puis, un soir, un ami a lu à haute voix ce passage, et ce fut tout simplement lumineux.

Okuba

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Plaisir du jour 2

Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui


A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir


(Antoine Pol)

Si les femmes n’existaient pas, elles ne nous auraient pas inventé, certes, mais elles manqueraient par trop cruellement de regards attentifs. Elles sont peut-être ces si beaux nuages filant dans le ciel baudelairien, ou bien encore ces jambes de statue que l’on contemple, crispé comme un extravagant. Elles donnent en tout cas sa grande noblesse au monde, et les poilus de la grande guerre, l’époque même de ce poème, ne manquaient pas de le rappeler, eux qui partaient au front en chantant Adieu la vie, adieu l’amour, adieu les femmes… La mélancolie de Pol vibre ici dans une métrique certainement trop sage et appliquée, mais qui déploie profondément en chacun des lecteurs ses nervures hypersensibles.

Ce poème est surtout l’occasion de la plus belle rencontre qui soit, tant la musique de Brassens, si simple d’apparence, et ineffablement douce, lui donne désormais une rythmique singulière.

Okuba

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